Traduction libre (et autorisée) de l’article de l’écrivain Marcelo G. Urbano
Marcelo G. Urbano est un écrivain argentin contemporain de grand talent. Un ami de l’autre face du monde.
« Ne réfléchis pas. La pensée est l’ennemie de la créativité. La pensée est conscience de soi, et tout ce qui est conscience de soi est terrible.»
Ray Bradbury
Si créer est une discipline compliquée, le faire à l’intempérie semble être une tâche titanesque. Comprenons l’intempérie comme la métaphore de la désolation devant la feuille blanche, ou devant l’écran de l’ordinateur. Un moment intime et déchirant, hanté par les fantômes de l’obstination et de la maladresse.
La création comme artisanat
D’après mon expérience, la création vient de l’exploitation désintéressée de l’enthousiasme, de l’application obsessive de la curiosité, de la jouissance d’écrire et de savourer l’histoire alors même que je la découvre, c’est-à-dire au moment où j’écris des choses qui acquièrent un sens qui me surprend.
Créer demande de la persévérance, même dans les heures les plus difficiles où une idée se refuse, alors que le quotidien nous harcèle, que l’argent manque, que les factures semblent impayables.
Un écrivain n’est pas quelqu’un de spécial. Que Dieu nous préserve des hommes qui prennent au sérieux leur indispensabilité ! Il n’y a pas de magie dans la créativité, l’étincelle vient du travail, des ressources accumulées, des expériences, du vécu. Il y a dans l’art de l’écriture une combinaison systématique de compétences conscientes et inconscientes appliquées aux personnages, aux contextes, aux caractères.
Dans la création réside la résistance à l’intempérie, à laquelle l’on survit dans la certitude que, tôt ou tard, une idée surgira. Ce n’est qu’une question de temps. J’ai lu quelque part que l’imagination est plus importante que la connaissance, un sujet de discussion qui nous mènerait au fond de la brèche sans aucun espoir de parvenir à un accord. L’imagination et la connaissance sont des ressources créatives, parfois utilisées en parallèle et parfois indépendantes l’une de l’autre.
Apprendre à créer
Au fil du temps, j’ai appris à considérer les formateurs en créativité avec sympathie. Au début, je les voyais divaguer en manipulant des gadgets, des graphiques et des feuilles de calcul inutilisables comme méthodologie, simplement encombrants et orientés à des nécessités commerciales. J’ai trouvé cependant quelques textes qui valent la peine d’être explorés. Le livre de Roger Von Oech, Sparks, m’a frappé tout d’abord en raison de son approche du développement de la pensée créative à travers des jeux et des défis vraiment divertissants et efficaces.
Mais l’impact le plus important est dû dans mon cas au livre de Stephen Nachmanovitch, Free Play, qui a changé le sens de l’entraînement à la créativité par des concepts simples. L’auteur est violoniste, compositeur, écrivain, artiste digital et pédagogue. Il a enseigné et donné des conférences sur la créativité et les dimensions spirituelles et sociales de l’art. Son livre, d’une simplicité totale, explique que « la création spontanée surgit des profondeurs de notre être. Ce que nous avons à exprimer est déjà avec nous, c’est nous, de sorte que le travail de créativité n’est pas une question de faire venir la matière mais de débloquer les obstacles à son flux naturel. »
Au grand jour
Stephen King, dans son livre « As I Write », exprime une notion de création à l’intempérie appliquée à la littérature. Il définit son inspiration comme «beaucoup de travail mis au service d’une méthodologie» et une boîte à outils qu’il décrit comme indispensable pour les écrivains qui font face à la page blanche lorsque les muses n’apparaissent pas.
Pour King, l’intempérie fait partie du processus, une étape incontournable par laquelle toutes les œuvres, tôt ou tard, devront passer pour atteindre leur but. L’important est de ne pas être frustré pendant que nous sommes à découvert. À un moment donné, le texte prendra forme, les personnages brilleront, et s’ouvrira enfin le chemin à la réalisation de l’œuvre.
