Un lecteur, il y a peu, me demandait quelle était ma source d’inspiration première. Je réponds :
Je ne sais écrire qu’en décrivant, et l’émotion que je tente de transmettre est un reflet de celle que m’inspirent les sites que je décris. Pourquoi ? Ben oui, pourquoi…
J’ai besoin de créer en moi un sentiment de fond, qui sera dans le texte le soutien de la trame. Cette émotion est avant tout esthétique. Si l’épopée cathare avait eu pour décor la tristesse des villes surpeuplées, et non le cadre époustouflant des montagnes pyrénéennes, ou la lumière méditerranéenne des pays valenciens, elle ne m’aurait pas fascinée, moins encore inspirée.
Bien, tout cela c’est la théorie, mais qu’en est-il de la mise en pratique ?
Je procède par repérages, comme peut-être le font les cinéastes. Une image doit s’imposer à moi, quelquefois dans mon souvenir, parfois au détour d’une route, accompagnée de la nécessité de visiter, bien souvent revisiter le lieu évoqué.
Quéribus est l’exemple parfait : autour de ce château, de sa majesté, et m’appuyant sur les émotions ressenties lors de mes nombreuses visites au site, j’ai construit une histoire comme on ouvre une porte. Guidé par l’émotion purement charnelle du vent, chargé d’oxygène, sur la peau de l’enfant asthmatique que je fus, l’air refroidi en rafales séchant la sueur de la montée, poussé par le saisissement à la vue du paysage grandiose, j’ai couché noir sur blanc l’histoire d’une époque, mon histoire d’une époque.
Les échanges avec les lecteurs m’ont permis de constater qu’il en est ainsi.
Pour le roman suivant, j’ai appliqué la même recette. J’ai visité Rasiguères, Planèzes en Fenouillèdes, Montaillou en haute Ariège, Arques dans l’antique contrée du Razés, Rennes-le-Château et Rennes-les-Bains, les vallées andorranes, Castelbó en territoire pyrénéen catalan, puis j’ai cherché le sud, le majestueux fleuve Èbre, la légendaire capitale Tortosa, les plaines ancestrales, abandonnées entre les oliviers de Calig à San Mateo, sous les pics des montagnes inaccessibles de l’Aragon, Morella sur sa montagne, San Mateo, où sommeillent des trésors artistiques, loin des axes touristiques.
Une nouvelle fois j’ai navigué sur la Méditerranée et j’ai saisi les premiers rayons du soleil levant au large de Majorque.
J’ai vadrouillé des mois entre ces sites, à la recherche de fantômes, à tel point que moi-même je me sens l’un des leurs. Une église, un coin de pré où paissent quelques brebis, un casot entre les vignes, un orri entre les pâturages, une voute saoulée d’étoiles sur un col oublié des drailles, un horizon de montagnes bleues sous un ciel presque blanc de plein été. Un Canigou flottant sur les étangs de la Méditerranée…
De toutes ces bouleversantes images, de toutes ces sensations naît une émotion, que j’essaye, en souffrance, de transformer en mots, qui se lient en histoire…
Je n’ai aucune idée si cette méthode d’inspiration à l’écriture a déjà été décrite, et pour tout dire peu importe. Voilà…
